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Marielle Chabal

Du Vendredi 1 Juin au Mercredi 29 Août 2018


LA REALITE NE SUFFIT PAS, 


C'est ce que semble affirmer Marielle Chabal d'un bout à l'autre de son travail. La science-fiction est devenue notre quotidien et les récits d'anticipation - sous des formes utopiques, complotistes ou catastrophistes - sont le champ de négociation de notre lecture du monde. Ce qui est moins commun, c'est l'insolante capacité de cette artiste à prendre ses désirs pour de la réalité. Il suffit d'y croire, pourrait-on dire, mais cette religion profane n'a pas de boussole, elle n'est ni optimiste ni pessimiste, elle ne prétend pas associer le réel à la vérité. Ce qu'elle affirme, haut et fort, c'est la capacité de la fiction à participer à la construction de nos vies. Pas de hasard, alors, si Marielle Chabal part toujours de l'écriture romanesque pour ensuite traduire ses projections dans l'espace-temps d'une exposition, rendant indissociables l'édition de ses textes, la construction des formes et l'activité qu'elles génèrent à travers des collaborations. Les lieux d'exposition deviennent ainsi à la fois des espaces de fiction et des centres d'archives d'une société méconnue, disparue ou à venir.

Si l'on pouvait dessiner une cartographie des peurs et phobies sociales à un instant précis, on y trouverait en creux une psychogéographie inouïe des potentialités empêchées d'un monde qui ne demande qu'à être augmenté. Mais cela parle de nous, toujours, car nous habitons parmi nous. Marielle Chabal s'est intéressée à une peur largement répandue, identifiée mais inexplicable: celle de tomber sur une pluie de grenouille. L'absurde la dispute à l'imagination prospective.

Dans une autre installation, la disposition des espaces du Queen, temple de la house parisienne, envisagée pour le contrôle et l'organisation des débordements, est traduite dans un damier avec des quilles de bowling, accompagnée d'une oeuvre de Dan Graham sur les effets néfastes des drogues. Mais la société de la peur et du contrôle force toujours au besoin de se réinventer. Parfois, il faut donner un jour précis à l'apocalypse pour enfin commencer à jouer, car le temps presse donc.

Partant d'un roman autour d'une pluie de météorites qui ne laisse rien débout, elle invente une salle de jeu où le billard, le flipper et le babyfoot deviennent des maquettes pour une planète où la nature a repris ses droits, faisant table rase des logiques de séparation entre travail, loisirs, besoins primaires et secondaires. Malgré l'apocalypse, car souvent dans ses romans nous arrivons déjà après le pire, on y trouvera des psychotropes et des burgers. Comment distinguer chez Marielle Chabal ce qui est utopique de ce qui est dystopique ? Arriver après la ruine, dans une société de survivants qui manque de tout mais qui a aussi la chance de ne rien avoir, car l'argent a disparu et le troc domine les marchés noirs, oblige à réinventer le principe même de communauté. Le plus fascinant chez l'artiste est alors dans son engagement à vouloir transférer ce désir dans l'espace réel, explorant la forme-exposition comme un moteur à intensifier les pratiques collectives, invitant des artistes, des auteurs, des chercheurs et autres passionnés à refaire le commun. Cela peut troubler que les moyens employés puissent être ceux du grand spectacle ou des genres codifiés comme la SF ou le polar, mais il faudrait alors repenser la notion d'effets spéciaux. Car la fiction ne demande qu'à se réaliser dans le monde - un cauchemar parfois, mais révélatrice de la puissance atomique du désir.

Pedro Morais

 

Le programme de résidence d’artistes est organisé en collaboration avec le Parc Naturel Régional de Lorraine et la commune de Lindre-Basse.

Marielle Chabal est née en 1987. Elle vit et travaille à Paris.
Elle est diplômée de la Villa Arson à Nice en 2012 et du Post Diplôme des Beaux arts de Lyon en 2017.

En 2017, elle a été résidente à Jéricho, à Glassbox à Paris, au Nordic Artists’ Center à Dale en Norvège, en 2016 à la box à Bourges, à Stavanger en Norvège, au Bel Ordinaire à Pau…

En 2018 le centre d’art 40MCube à Rennes lui consacrera une exposition personnelle.
Ses expositions personnelles récentes incluent : Glassbox, Paris (2017), Stasjon-K à Stavanger en Norvège (2016), Treize à Paris (2015), Galerie Paradise à Nantes (2014 et 2013).